Le coin de l’expert : Questions à Bertrand Andriani

Par Aries Investissements


2019/05/21


 

Questions à Bertrand Andriani, Avocat Associé, Responsable de la practice Afrique du cabinet d’Avocat LinKlaters

 

  • Pouvez-vous nous présenter le cabinet d’avocat Linklaters, en quoi se distingue-t-il de ses concurrents ?

Linklaters est un cabinet d’origine anglaise, établi à Londres en 1838, qui s’est fortement internationalisé dans les 40 dernières années. Il est actuellement présent dans la totalité des grandes places financières mondiales, avec une part prépondérante en Europe et en Asie. Bien que Londres reste le siège principal du cabinet, plusieurs de nos bureaux sont des acteurs majeurs dans leurs pays d’implantation. C’est le cas notamment du cabinet à Paris, doté d’une trentaine d’associés et d’un effectif d’environ 180 avocats. Linklaters est un des 10 cabinets les plus importants du monde et il appartient au « Magic Circle », expression qui désigne les cabinets d’avocats considérés comme les cinq plus prestigieux de Londres et d’Europe. Nous n’avons pas d’implantations en Afrique, tant le choix d’un lieu nous paraît difficile compte tenu de la diversité des économies, et privilégions les partenariats institutionnels (c’est le cas de notre partenariat avec Webber Wentzel en Afrique du Sud) ou les « best friends » avec les cabinets africains de qualité (c’est le cas pour nos interventions en Afrique du Nord, en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale). Naturellement ce sont nos bureaux de Paris, Londres, Lisbonne et Dubaï et qui sont les plus actifs en Afrique, chacun comportant des desks Afrique conséquentes.

 

  • Vous co-dirigez depuis une quinzaine d’années le desk Afrique francophone du cabinet d’avocat Linklaters ce qui fait de vous un témoin privilégié de La vie des affaires en Afrique, quels sont selon vous les grandes tendances en matière d’investissement en Afrique ?

Les ressources naturelles continuent d’être un ressort important de nombreuses économies africaines, même si la crise des matières premières a frappé durement ces dernières années, affectant en particulier le lancement de grands projets miniers et pétroliers et nécessitant parfois la restructuration de financements mis en place antérieurement à la chute des cours. L’énergie sous toutes ses facettes a été le principal secteur dans lequel nous accompagné nos clients : énergies conventionnelles (par ex. en Côte d’Ivoire ou au Maroc), renouvelables (par ex. nous avons assisté la Banque Mondiale dans la mise en place de son programme Scaling Solar en Zambie ou actuellement au Sénégal), gas-to-power (terminal en Côte d’Ivoire)… Mais plus récemment nous assistons à une multiplication d’investissements dans les infrastructures portuaires (ports d’Owendo au Gabon), aéroportuaires (Madagascar, Dakar) et routières (pont d’Abidjan).

 

  • Le droit OHADA a fait l’objet d’une réforme en 2014. En quoi les innovations apportées peuvent-elles contribuer à l’accroissement des flux d’investissement vers l’Afrique ?

Avant tout le droit OHADA est un formidable facteur de simplification et de lisibilité pour les investisseurs internationaux. Sa proximité avec les droits civils, notamment français, sa modernisation constante (parfois en avance sur des réformes en Europe) et sa disponibilité en anglais en font des atouts considérables. Il serait souhaitable qu’un acte uniforme dans le domaine des contrats complète la panoplie des actes uniformes adoptés, permettant une harmonisation du droit des contrats en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale.

  • Les pays d’Afrique centrale connaissent une crise économique sans précédent en raison notamment de la baisse du prix du baril de pétrole. Pensez-vous que la relance des investissements dans les projets d’infrastructure pourrait alimenter la croissance économique ?

Très certainement mais il faut garder à l’esprit que l’investissement privé dans le domaine des infrastructures nécessite un accompagnement très conséquent des acteurs publics, en termes de subventions, d’aide au financement et/ou de garanties de trafic. Les investisseurs sont devenus très réticents à la prise de risque trafic, et cela constitue un défi majeur pour ce secteur, en dehors de celui des infrastructures associées à d’autres formes d’investissement, notamment dans les secteurs énergétiques et des ressources naturelles. Compte tenu de la faiblesse des notations de crédit de la plupart des Etats, un effort particulier est attendu de la part des grandes institutions de développement multilatérales. L’apparition, aux côtés des acteurs traditionnels comme la Banque Mondiale ou la BAD, d’acteurs africains comme l’Africa Finance Corporation ou Africa50 est source d’optimisme.

  • Vous vous êtes illustrés dans la structuration de grands projets d’investissement en Afrique, pouvez-vous décrire en quelques mots la technique dite de « project finance » ?

Le financement de projet consiste à lever des fonds destinés au financement d’un projet notamment d’infrastructure ou énergétique dont le remboursement sera principalement, voire exclusivement, assuré par les revenus générés par le projet après sa mise en exploitation suite à la phase de construction. La technique repose sur l’allocation des risques associés au projet à la ou les personnes les mieux à même de les supporter (par ex., le constructeur, s’agissant des risques liés à la construction, la partie publique, s’agissant des risques dits « politiques », les assureurs, s’agissant des risques assurables etc). Elle nécessite généralement la constitution d’une société spécialement dédiée au projet, de sorte à limiter les recours contre les sponsors au montant de leurs contributions en fonds propres. Les ressources du projet peuvent être garanties par une personne publique (par ex. un acheteur national de l’énergie produite par un producteur indépendant) ou privée (par ex. un offtaker de la production d’une mine) ou être à risque marchand (c’est-à-dire dépendantes de la demande ou de l’utilisation du projet, comme dans le cas d’un aéroport ou d’une autoroute).

  • Quel bilan peut-on en faire à ce jour et quelles sont les perspectives en Afrique ?

Le nombre de dossiers que nous avons traités en Afrique (Maghreb, Afrique de l’Ouest et Afrique Centrale) a augmenté exponentiellement pendant les 10 dernières années, et représente une part significative de notre activité. Les marchés et les acteurs se sont sophistiqués, et nous assistons à une participation croissante d’acteurs purement africains (AFC, Africa50) ou tournés vers l’Afrique. C’est donc un bilan très positif. La création de nouvelles infrastructures, notamment dans les domaines des transports et de la communication, représente un défi majeur à relever pendant la prochaine décennie, sans oublier le formidable potentiel que le secteur des énergies renouvelables représente en Afrique.

  • Votre mot de la fin

Je suis optimiste sur l’avenir du Continent mais il ne faut pas relâcher les efforts, notamment politiques et juridiques, qui permettront de répondre aux attentes de plus en plus exigeantes des investisseurs en termes de transparence, d’environnement et de respect des minorités.




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L’Afrique est une région qui regorge de potentialités pour l’investissement privé. Elle est un continent en transition qui connaît une urbanisation accélérée, une stabilité croissante, une population jeune, en augmentation, une connectivité à l’Internet en expansion, des revenus croissants et des modèles de consommation en transformation.

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